De Stijl
Fondé en 1917 autour de la revue de Theo van Doesburg, De Stijl (« le style ») a réduit l'art à des lignes droites et aux couleurs primaires. De la peinture de Mondrian à la chaise rouge et bleue de Rietveld, il a marqué l'architecture et le design du monde entier.
Sommaire
Naissance d'un mouvement (1917)
En octobre 1917, alors que les Pays-Bas restent neutres au milieu d'une Europe en guerre, le peintre et théoricien Theo van Doesburg (1883-1931) publie à Leyde le premier numéro de la revue De Stijl. Autour de lui se rassemblent des peintres (Piet Mondrian, Bart van der Leck, le Hongrois Vilmos Huszár, le Belge Georges Vantongerloo), des architectes (J. J. P. Oud, Jan Wils, Robert van 't Hoff) et le poète Antony Kok. Le menuisier-designer Gerrit Rietveld rejoint le groupe vers 1918-1919.
Le projet est radical : après le chaos de la guerre, il s'agit de trouver un langage universel, harmonieux et rationnel, valable aussi bien pour un tableau que pour une chaise, un intérieur ou une ville. Le groupe n'a jamais été une école structurée : c'est un réseau de personnalités, souvent en désaccord, reliées par la revue.
Le néoplasticisme : les règles du jeu
Mondrian formule la doctrine sous le nom de Nieuwe Beelding (« néoplasticisme »). Ses principes :
- uniquement des lignes droites, horizontales et verticales, qui se coupent à angle droit ;
- les trois couleurs primaires (rouge, jaune, bleu) et les trois « non-couleurs » (blanc, noir, gris) ;
- l'asymétrie équilibrée plutôt que la symétrie ;
- l'abandon de toute représentation de la nature au profit de l'abstraction pure.
Le passage de Mondrian à l'abstraction est progressif : ses arbres peints entre 1908 et 1912 (dont L'Arbre gris, Kunstmuseum Den Haag) montrent la branche qui se réduit peu à peu à un réseau de lignes, sous l'influence du cubisme découvert à Paris.
La rupture de la diagonale
Au milieu des années 1920, Van Doesburg introduit la diagonale dans ses compositions, qu'il baptise « élémentarisme ». Pour Mondrian, c'est une trahison de l'équilibre horizontal-vertical : il cesse de collaborer à la revue vers 1925. Le mouvement se disperse ; la revue paraît pour la dernière fois en 1928, puis un numéro d'hommage sort en 1932 après la mort de Van Doesburg à Davos (1931). L'une des dernières grandes réalisations collectives est l'aménagement du café-dancing de l'Aubette à Strasbourg (1926-1928), par Van Doesburg avec Hans Arp et Sophie Taeuber-Arp.
Œuvres et réalisations majeures
| Œuvre | Auteur | Date | Où la voir |
|---|---|---|---|
| Chaise rouge et bleue | Gerrit Rietveld | vers 1918-1923 | Stedelijk Museum, Centraal Museum Utrecht |
| Maison Rietveld Schröder | Gerrit Rietveld | 1924 | Utrecht (visites guidées) |
| Composition avec rouge, jaune et bleu (série) | Piet Mondrian | années 1920-1930 | Kunstmuseum Den Haag, Kröller-Müller |
| Café De Unie (façade) | J. J. P. Oud | 1925 | Rotterdam (reconstruit en 1986) |
| Victory Boogie Woogie | Piet Mondrian | 1942-1944, inachevé | Kunstmuseum Den Haag |
| Chaise Zig-Zag | Gerrit Rietveld | 1934 | Musées de design |
La maison Rietveld Schröder, construite en 1924 pour Truus Schröder à Utrecht, est le manifeste architectural du mouvement : cloisons coulissantes, plans colorés qui semblent flotter, angle d'étage qui s'ouvre sans poteau. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2000.
Mondrian après De Stijl
Installé à Paris de 1919 à 1938, puis à Londres et enfin à New York (1940), Mondrian radicalise encore son style. Fasciné par le jazz et la grille de Manhattan, il abandonne les lignes noires pour des bandes colorées faites de petits carrés : Broadway Boogie Woogie (1942-1943, MoMA de New York) puis Victory Boogie Woogie, resté inachevé à sa mort en 1944. Ce dernier tableau a été acquis en 1998 par l'État néerlandais pour le musée de La Haye, aujourd'hui Kunstmuseum Den Haag, qui détient la plus grande collection de Mondrian au monde.
Un héritage omniprésent
De Stijl a dialogué avec le Bauhaus (Van Doesburg enseigne de façon informelle à Weimar en 1921-1922) et influencé l'architecture moderne internationale. Aux Pays-Bas, son esprit se retrouve dans le fonctionnalisme de l'usine Van Nelle, dans le design néerlandais (graphisme de Wim Crouwel, mobilier) et dans la culture populaire : la robe Mondrian d'Yves Saint Laurent (1965) a fait le tour du monde. En 2017, le centenaire a donné lieu à un programme national baptisé « Mondriaan tot Dutch Design ».
À Amersfoort, la maison natale de Mondrian (né en 1872) est devenue un petit musée, le Mondriaanhuis. Pour les amateurs, le musée Kröller-Müller et le Stedelijk Museum complètent la visite.
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Questions fréquentes
Que signifie « De Stijl » ?
Simplement « Le Style » en néerlandais. Le nom désigne à la fois la revue fondée en 1917 et le groupe d'artistes et d'architectes qui y a contribué.
Mondrian a-t-il fondé De Stijl ?
Non : le fondateur et animateur est Theo van Doesburg. Mondrian en était le principal théoricien en peinture, mais il a pris ses distances au milieu des années 1920.
Où voir le plus de Mondrian aux Pays-Bas ?
Au Kunstmuseum Den Haag, qui possède environ 300 œuvres de l'artiste couvrant toute sa carrière, des paysages réalistes à Victory Boogie Woogie.
Peut-on visiter la maison Rietveld Schröder ?
Oui, uniquement en visite guidée sur réservation, gérée par le Centraal Museum d'Utrecht. Le nombre de places est très limité : réservez à l'avance.