M. C. Escher
Escaliers sans fin, mains qui se dessinent l'une l'autre, oiseaux qui se changent en poissons : le graveur Maurits Cornelis Escher a fait des mathématiques une matière poétique, admirée autant par les scientifiques que par le grand public.
Sommaire
De Leeuwarden à Haarlem
Maurits Cornelis Escher naît le 17 juin 1898 à Leeuwarden, capitale de la Frise, dans le Princessehof, ancien palais du XVIIIe siècle qui abrite aujourd'hui le musée national de la céramique. Fils cadet d'un ingénieur hydraulicien, George Arnold Escher, il grandit à Arnhem à partir de 1903. Élève médiocre, il n'obtient pas son diplôme de fin d'études mais montre un vrai talent pour le dessin.
En 1919, il entre à l'École d'architecture et d'arts décoratifs de Haarlem pour devenir architecte. Son professeur de graphisme, Samuel Jessurun de Mesquita, remarque ses gravures sur bois et le convainc de se consacrer aux arts graphiques. Mesquita, qui restera son ami, sera déporté et assassiné à Auschwitz en 1944 ; Escher sauvera de nombreuses œuvres de son maître.
Les années italiennes (1922-1935)
Après un premier voyage en Espagne en 1922, où il découvre l'Alhambra de Grenade, Escher s'installe à Rome. Il y épouse en 1924 Jetta Umiker, fille d'un industriel suisse ; le couple aura trois fils. Chaque printemps, il parcourt à pied les Abruzzes, la Calabre, la côte amalfitaine et la Sicile, rapportant des croquis de villages perchés qu'il transforme en gravures et lithographies d'une grande précision. Ces paysages, encore figuratifs, annoncent déjà son goût pour les points de vue vertigineux.
Le tournant : pavages et mondes impossibles
La montée du fascisme pousse la famille à quitter l'Italie en 1935 pour la Suisse, puis Uccle, près de Bruxelles (1937), et enfin Baarn, aux Pays-Bas, en 1941. Une seconde visite de l'Alhambra en 1936, où il copie minutieusement les carreaux mauresques, déclenche le tournant de son œuvre : il cherche désormais à remplir le plan avec des figures reconnaissables (oiseaux, poissons, lézards) qui s'emboîtent sans vide. Ses carnets de « division régulière du plan » rejoignent, sans formation mathématique, les travaux sur les groupes de symétrie, que lui fait connaître son demi-frère géologue, Berend George Escher.
Il explore ensuite la métamorphose (Métamorphose II, rouleau de près de 4 mètres, 1939-1940), les paradoxes de la perspective et les structures impossibles inspirées du triangle de Penrose (Montée et descente, 1960 ; Cascade, 1961), ainsi que l'infini (série des Limites circulaires, née d'un échange avec le mathématicien canadien H. S. M. Coxeter).
Œuvres majeures
| Œuvre | Année | Technique | Thème |
|---|---|---|---|
| Main au globe réfléchissant | 1935 | Lithographie | Autoportrait, réflexion |
| Jour et nuit | 1938 | Gravure sur bois | Métamorphose, paysage hollandais |
| Reptiles | 1943 | Lithographie | Pavage qui prend vie |
| Mains dessinant | 1948 | Lithographie | Paradoxe, autoréférence |
| Relativité | 1953 | Lithographie | Trois gravités |
| Galerie d'estampes | 1956 | Lithographie | Distorsion de l'espace |
| Montée et descente | 1960 | Lithographie | Escalier de Penrose |
| Cascade | 1961 | Lithographie | Mouvement perpétuel impossible |
Jour et nuit, sa gravure la plus vendue de son vivant, montre deux paysages de polders, de rivières et de champs typiquement hollandais qui se fondent l'un dans l'autre par des vols d'oiseaux blancs et noirs.
Reconnaissance et fin de vie
Longtemps ignoré par la critique d'art, qui le jugeait trop cérébral, Escher est découvert par les mathématiciens lors du Congrès international de mathématiques d'Amsterdam en 1954, puis par la contre-culture américaine des années 1960 : ses images ornent posters et pochettes de disques. Il refuse pourtant Mick Jagger, qui lui demande une pochette pour les Rolling Stones. Il réalise aussi des commandes publiques : timbres-poste, décorations murales. En 1970, il entre à la maison de retraite pour artistes Rosa Spier Huis de Laren et meurt le 27 mars 1972 à l'hôpital de Hilversum.
Où voir Escher aux Pays-Bas
À La Haye, Escher in Het Paleis occupe depuis 2002 le palais du Lange Voorhout, ancienne résidence d’hiver de la reine Emma devenue ensuite palais de travail de la famille royale (voir la page sur les palais royaux). Le musée expose en permanence une large sélection de ses estampes, de ses débuts italiens aux mondes impossibles, ainsi que des installations interactives d'illusions d'optique ; les lustres, conçus par l'artiste Hans van Bentem, rendent hommage à l'histoire royale du bâtiment. À Leeuwarden, le Princessehof rappelle sa naissance, et la ville lui a consacré une grande exposition en 2018, année où elle était capitale européenne de la culture.
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Questions fréquentes
Escher était-il mathématicien ?
Non. Il n'avait aucune formation mathématique et se disait incapable de comprendre les articles qui lui étaient consacrés. Il a pourtant découvert de manière intuitive des principes de symétrie et de géométrie hyperbolique, et a correspondu avec plusieurs mathématiciens.
Où se trouve le musée Escher ?
À La Haye, sur le Lange Voorhout, dans un palais du XVIIIe siècle qui fut la résidence d'hiver de la reine Emma : Escher in Het Paleis, ouvert en 2002.
Quelle est l'œuvre la plus célèbre d'Escher ?
Mains dessinant (1948), Relativité (1953) et Cascade (1961) sont les plus reproduites. Jour et nuit (1938) fut la plus vendue de son vivant.
Escher a-t-il travaillé pour les Rolling Stones ?
Non. Mick Jagger lui a écrit en 1969 pour demander une illustration de pochette ; Escher a refusé, lui reprochant au passage de l'avoir appelé familièrement par son prénom.