La politique des drogues aux Pays-Bas

Contrairement à une idée reçue, le cannabis n'est pas légal aux Pays-Bas : il est toléré. Depuis 1976, l'État renonce à poursuivre la vente de petites quantités dans des coffee shops encadrés, une politique pragmatique aujourd'hui remise en question.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. La tolérance, une exception néerlandaise
  2. Les règles des coffee shops
  3. Le paradoxe de la « porte de derrière »
  4. Drogues dures : santé publique et narcocriminalité
  5. Les autres substances
  6. Questions fréquentes

La tolérance, une exception néerlandaise

La loi sur l'opium (Opiumwet, 1919) interdit la production, la détention et la vente de stupéfiants. Sa révision de 1976 a introduit une distinction décisive entre les drogues dures (liste I : héroïne, cocaïne, ecstasy/MDMA, amphétamines…) présentant un « risque inacceptable », et les drogues douces (liste II : cannabis, champignons secs…). L'idée, issue des travaux de la commission Baan (1972), est de « séparer les marchés » : si les jeunes peuvent acheter du cannabis sans contact avec les dealers de drogues dures, ils seront moins exposés à l'héroïne, qui faisait alors des ravages.

D'où le principe du gedoogbeleid (politique de tolérance) : le ministère public publie des directives par lesquelles il s'engage à ne pas poursuivre certains faits qui restent pourtant illégaux. Ce mot, gedogen, est presque intraduisible ; il résume une approche typiquement néerlandaise, qui préfère encadrer ce qu'on ne peut empêcher (voir mentalité néerlandaise).

Les règles des coffee shops

Les coffee shops sont des établissements autorisés par la commune à vendre du cannabis, à condition de respecter les critères dits AHOJG :

LettreCritèreSignification
AAffichageAucune publicité
HHarddrugsAucune vente de drogues dures
OOverlastAucune nuisance pour le voisinage
JJeugdigenPas de vente ni d'accès aux moins de 18 ans
GGrote hoeveelhedenPas plus de 5 g par client et par jour

S'y ajoutent un stock maximal de 500 g, l'interdiction de l'alcool, une distance minimale aux écoles dans certaines villes et, depuis 2013, le critère de résidence : seuls les résidents des Pays-Bas peuvent en principe acheter. Les communes décident de l'appliquer ou non ; Maastricht et d'autres villes frontalières le font pour lutter contre le « tourisme de la drogue », alors qu'Amsterdam ne l'applique pas. Pour les règles pratiques à destination des visiteurs, voir notre page coffee shops : ce que dit la loi.

Le nombre de coffee shops a fortement diminué : de plus de 1 000 dans les années 1990 à un peu plus de 550 aujourd'hui, dans environ un cinquième des communes seulement. Environ 160 se trouvent à Amsterdam. Une majorité de communes n'en tolèrent aucun.

Le paradoxe de la « porte de derrière »

La vente au comptoir (la « porte de devant ») est tolérée, mais l'approvisionnement des coffee shops (la « porte de derrière ») reste totalement illégal : la culture et le commerce de gros relèvent de la criminalité. Ce paradoxe a favorisé l'essor d'une production illégale à grande échelle, souvent dans des plantations clandestines installées dans des logements ou des hangars, et enrichi des réseaux criminels.

Pour y remédier, le gouvernement a lancé l'expérience de la filière fermée (experiment gesloten coffeeshopketen) : une dizaine de cultivateurs agréés approvisionnent légalement les coffee shops de dix communes, dont Breda, Tilbourg, Groningue, Arnhem, Nimègue et Almere. Démarrée fin 2023 à Breda et Tilbourg, elle est entrée dans sa phase complète en avril 2025, pendant laquelle les coffee shops participants ne peuvent plus vendre que du cannabis légal. Son évaluation doit guider un éventuel changement de loi (mise à jour : octobre 2026).

Drogues dures : santé publique et narcocriminalité

Pour les drogues dures, l'approche est restée orientée vers la réduction des risques : programmes de méthadone, salles de consommation, distribution de seringues et, pour l'ecstasy, services d'analyse des pilules (testservice) permettant aux consommateurs de faire vérifier la composition d'un comprimé. Le nombre d'usagers problématiques d'héroïne a fortement baissé depuis les années 1990.

Le revers de la médaille est la narcocriminalité. Les ports de Rotterdam et d'Anvers sont devenus les principales portes d'entrée de la cocaïne en Europe, et les Pays-Bas sont un centre majeur de production de drogues de synthèse (ecstasy, amphétamines), notamment dans le Brabant et le Limbourg. Les assassinats de l'avocat Derk Wiersum (2019) et du journaliste d'investigation Peter R. de Vries (2021), liés au procès d'une organisation criminelle, ont choqué le pays et alimenté le débat sur un « narco-État ». La lutte contre le crime organisé est devenue une priorité de la police et de la justice.

Les autres substances

  • Champignons hallucinogènes : les champignons frais à psilocybine sont interdits depuis 2008, mais les truffes magiques ne le sont pas et se vendent dans les smartshops.
  • Protoxyde d'azote (gaz hilarant) : inscrit sur la liste des drogues dures depuis le 1er janvier 2023 pour un usage récréatif.
  • Consommation dans la rue : depuis 2023, il est interdit de fumer du cannabis dans la rue du quartier rouge d'Amsterdam.

Questions fréquentes

Non. Il reste illégal, mais sa vente en petites quantités (5 g maximum) dans les coffee shops et la détention de moins de 5 g pour usage personnel sont tolérées et ne sont pas poursuivies.

Un touriste peut-il acheter du cannabis aux Pays-Bas ?

Cela dépend de la commune : à Amsterdam, oui ; à Maastricht et dans plusieurs villes du sud, l'accès est réservé aux résidents. Il faut avoir 18 ans et présenter une pièce d'identité.

Combien de coffee shops y a-t-il aux Pays-Bas ?

Un peu plus de 550, dont environ 160 à Amsterdam, contre plus de 1 000 dans les années 1990.

Qu'est-ce que le gedoogbeleid ?

La politique de tolérance : l'État renonce officiellement à poursuivre certains actes illégaux, comme la vente de cannabis encadrée, pour mieux les contrôler.