Énergie et transition énergétique aux Pays-Bas
Pays du gaz pendant soixante ans, les Pays-Bas doivent réinventer leur système énergétique : fermeture du gisement de Groningue, essor spectaculaire du solaire et de l'éolien en mer, projets nucléaires, mais aussi un réseau électrique saturé et des objectifs climatiques revus à la baisse.
Sommaire
Sortir du gaz
Depuis la découverte du gisement de Groningue en 1959, le gaz naturel chauffe la grande majorité des logements, alimente les serres et l'industrie chimique et produit une large part de l'électricité. L'arrêt de Groningue en 2023, en raison des séismes, et la crise énergétique de 2022 ont accéléré la nécessité de s'en passer. Le pays importe désormais son gaz, notamment sous forme de gaz naturel liquéfié via les terminaux de Rotterdam et d'Eemshaven, et encourage les pompes à chaleur, les réseaux de chaleur et l'isolation des bâtiments. Les nouvelles constructions ne sont plus raccordées au gaz depuis 2018.
Les objectifs climatiques
La loi climat de 2019 fixe une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % en 2030 par rapport à 1990 et la neutralité climatique en 2050. L'accord sur le climat de 2019, négocié selon la méthode du modèle des polders, en a décliné les mesures par secteur. En 2019 également, dans l'affaire Urgenda, la Cour suprême a ordonné à l'État de réduire ses émissions d'au moins 25 % en 2020, une décision historique de justice climatique. Les évaluations récentes indiquent toutefois que l'objectif de 2030 sera difficile à atteindre sans mesures supplémentaires (mise à jour : octobre 2026).
L'éolien en mer, colonne vertébrale du futur système
Avec ses eaux peu profondes et ses vents réguliers, la mer du Nord est idéale pour l'éolien. Selon le CBS, la capacité éolienne en mer atteignait 4,7 GW fin 2024, après une croissance de 19 % en un an, avec notamment les parcs Borssele (au large de la Zélande), Hollandse Kust Zuid et Hollandse Kust Noord. L'État désigne les zones, prend en charge le raccordement via le gestionnaire de réseau TenneT et attribue les parcs par appel d'offres.
| Horizon | Objectif éolien en mer | Statut |
|---|---|---|
| Fin 2024 | 4,7 GW installés | Réalisé |
| Vers 2032 | 21 GW | Maintenu ; 5,5 GW supplémentaires autorisés et en construction |
| 2040 | 30 à 40 GW | Abaissé en juillet 2025 (contre 50 GW auparavant) |
| 2050 | Environ 70 GW | Ambition de long terme, jugée sous pression |
La hausse des coûts de construction et des taux d'intérêt, ainsi que l'électrification plus lente que prévu de l'industrie, ont refroidi les investisseurs : en 2025, seul 1 GW a été mis aux enchères au lieu des 4 GW prévus, et l'État a dû réintroduire des subventions.
Solaire, éolien terrestre et biomasse
Les Pays-Bas sont l'un des pays d'Europe où la puissance solaire installée par habitant est la plus élevée : panneaux sur les toits des maisons, encouragés par un système de compensation (salderingsregeling) supprimé au 1er janvier 2027, toits d'entrepôts et parcs au sol. Avec l'éolien terrestre et la biomasse, les renouvelables produisent désormais environ la moitié de l'électricité du pays. L'usage de la biomasse importée (granulés de bois) dans les centrales reste controversé.
Le retour du nucléaire
Le pays ne compte qu'un réacteur en service, à Borssele (Zélande), d'une puissance de 485 MW, mis en service en 1973, dont le gouvernement veut prolonger l'exploitation au-delà de 2033, date de fermeture prévue jusqu'ici. Celui de Dodewaard a fermé en 1997. Après des décennies de rejet, le nucléaire est revenu en grâce : les gouvernements successifs ont prévu la construction de deux grands réacteurs, probablement à Borssele, et soutiennent le développement de petits réacteurs modulaires. Le calendrier a glissé et la mise en service n'est pas attendue avant la seconde moitié des années 2030.
La saturation du réseau électrique
Le principal frein à la transition est aujourd'hui la congestion du réseau (netcongestie) : dans une grande partie du pays, entreprises, nouveaux quartiers et même bornes de recharge doivent attendre parfois des années pour obtenir un raccordement ou une puissance supplémentaire. TenneT et les gestionnaires régionaux investissent des dizaines de milliards d'euros, mais les travaux prendront plus d'une décennie. Cette contrainte pèse sur l'attractivité économique, notamment pour l'industrie et la région d'Eindhoven (voir ASML).
Industrie, hydrogène et captage de CO₂
Les grands pôles industriels — port de Rotterdam, Chemelot dans le Limbourg, l'aciérie Tata Steel d'IJmuiden, Eemshaven — concentrent une large part des émissions. Les projets phares incluent le stockage de CO₂ dans d'anciens gisements de la mer du Nord (Porthos à Rotterdam), la production d'hydrogène vert à partir de l'éolien en mer et la décarbonation de Tata Steel, dont les émissions et la pollution affectent les habitants de la région d'IJmuiden.
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Questions fréquentes
D'où vient l'électricité aux Pays-Bas ?
D'un mélange de gaz naturel, d'éolien (en mer et terrestre), de solaire, de biomasse, d'un peu de charbon jusqu'à son interdiction en 2030 et du nucléaire de Borssele. Les renouvelables en fournissent désormais environ la moitié.
Les Pays-Bas ont-ils des centrales nucléaires ?
Une seule, à Borssele en Zélande (485 MW). Deux nouveaux grands réacteurs sont en projet, pour une mise en service au plus tôt dans la seconde moitié des années 2030.
Quelle est la capacité éolienne en mer des Pays-Bas ?
4,7 GW fin 2024 selon le CBS, avec un objectif de 21 GW vers 2032.
Qu'est-ce que l'affaire Urgenda ?
Un procès intenté par une fondation environnementale contre l'État néerlandais, qui a abouti en 2019 à une décision de la Cour suprême obligeant l'État à réduire davantage ses émissions de gaz à effet de serre.