Le gaz de Groningue et les séismes

Découvert en 1959 à Slochteren, le gisement de Groningue, l'un des plus grands du monde, a rapporté des centaines de milliards d'euros à l'État néerlandais. Il a aussi provoqué des centaines de séismes qui ont endommagé des dizaines de milliers de maisons. Il est définitivement fermé depuis 2024.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Une découverte qui change le pays
  2. La manne et la « maladie hollandaise »
  3. Les séismes
  4. L'enquête parlementaire de 2023
  5. Réparer et renforcer
  6. Et maintenant ?
  7. Questions fréquentes

Une découverte qui change le pays

Le 22 juillet 1959, dans la province de Groningue, un forage de la NAM (Nederlandse Aardolie Maatschappij, coentreprise de Shell (voir grandes entreprises) et d'Esso, devenue ExxonMobil) près de Kolham, dans la commune de Slochteren, révèle un gisement de gaz naturel gigantesque. On estimera ses réserves initiales à environ 2 800 milliards de mètres cubes, ce qui en fait l'un des plus grands gisements terrestres du monde.

L'État organise alors un partenariat original, le « système du gaz » : la NAM extrait, l'entreprise publique Gasunie (créée en 1963) transporte et commercialise, et l'État perçoit l'essentiel des bénéfices. En une dizaine d'années, presque tous les foyers néerlandais sont raccordés au gaz pour le chauffage et la cuisine, un réseau qui équipe encore la grande majorité des logements aujourd'hui.

La manne et la « maladie hollandaise »

Selon la commission d'enquête parlementaire, l'État a perçu environ 363 milliards d'euros de recettes gazières depuis les années 1960, qui ont financé l'État-providence, des infrastructures et, à partir de 1995, un fonds d'investissement (FES) qui a notamment financé de grandes infrastructures de transport comme la ligne de fret Betuweroute (voir port de Rotterdam). Mais l'afflux de devises a aussi apprécié le florin et nui à la compétitivité de l'industrie, au point que l'hebdomadaire The Economist forge en 1977 l'expression « maladie hollandaise » (Dutch disease), devenue un concept d'économie pour désigner les effets pervers d'une rente de matières premières. La sortie de cette crise passera notamment par l'accord de Wassenaar (voir modèle des polders).

Les séismes

L'extraction du gaz provoque un tassement des couches de grès à 3 km de profondeur, qui se traduit par une subsidence du sol et des tremblements de terre induits. Les premiers séismes induits par l'extraction gazière dans le nord du pays sont enregistrés au milieu des années 1980, et le premier attribué au gisement de Groningue en 1991. Leur nombre et leur intensité augmentent dans les années 2000, dans une région où les maisons, souvent anciennes et bâties en briques sur des sols argileux, ne sont pas conçues pour cela.

DateÉvénement
16 août 2012Séisme de Huizinge, magnitude 3,6, le plus fort jamais enregistré ; prise de conscience nationale
2014-2017Réductions successives de la production
8 janvier 2018Séisme de Zeerijp (3,4) ; le gouvernement décide d'arrêter la production le plus vite possible
24 février 2023Rapport de la commission d'enquête parlementaire
1er octobre 2023Arrêt de la production
19 avril 2024Entrée en vigueur de la loi de fermeture définitive du gisement

L'enquête parlementaire de 2023

Le rapport de la commission d'enquête de la Seconde Chambre, intitulé « Groningers boven gas » (« Les Groningois avant le gaz »), a conclu que pendant des décennies, l'État et les compagnies pétrolières avaient systématiquement fait passer les revenus du gaz avant la sécurité et les intérêts des habitants de Groningue. Il parle d'une « dette d'honneur » (ereschuld) de l'État envers la province. Le gouvernement a répondu par un plan de plusieurs dizaines de milliards d'euros sur trente ans, portant sur la réparation des dommages, le renforcement des maisons et le développement économique et social de la région (voir le rôle du Parlement).

Réparer et renforcer

Les habitants peuvent déposer leurs demandes d'indemnisation auprès de l'Institut des dommages miniers de Groningue (IMG), organisme public indépendant créé en 2020, qui a traité des centaines de milliers de dossiers. Le programme de renforcement des bâtiments, qui concerne des dizaines de milliers d'adresses, a pris un retard considérable, source de détresse psychologique documentée par les chercheurs. Jusqu'aux portes de la ville de Groningue, des villages entiers ont vu leurs maisons démolies et reconstruites, et le patrimoine historique (églises romanes, fermes) fait l'objet de mesures spécifiques.

Et maintenant ?

La fermeture du gisement a été rendue possible par la baisse de la consommation et par les importations de gaz naturel liquéfié (terminaux de Rotterdam et d'Eemshaven) et par gazoduc. Les Pays-Bas, longtemps exportateurs nets, sont devenus importateurs. Le gisement est conservé « en sommeil » mais la loi interdit sa réouverture. L'exploitation de petits gisements, en mer du Nord notamment, se poursuit, et le pays mise sur l'électrification et les énergies renouvelables (voir énergie et transition). Pour découvrir la région, voir la province de Groningue.

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Questions fréquentes

Pourquoi le gaz de Groningue a-t-il été arrêté ?

À cause des séismes induits par l'extraction, qui ont endommagé des dizaines de milliers de maisons. La production a cessé le 1er octobre 2023 et une loi de 2024 interdit sa reprise.

Combien le gaz de Groningue a-t-il rapporté ?

Environ 363 milliards d'euros pour l'État depuis les années 1960, selon la commission d'enquête parlementaire.

Qu'est-ce que la « maladie hollandaise » ?

Une expression forgée en 1977 pour décrire la perte de compétitivité de l'industrie néerlandaise causée par la rente gazière. Elle désigne aujourd'hui ce phénomène dans tout pays riche en matières premières.

Y a-t-il encore des séismes à Groningue ?

Des secousses de faible intensité peuvent encore se produire pendant des années après l'arrêt de l'extraction, le temps que le sous-sol se stabilise, mais leur fréquence diminue.