Les mots français d'origine néerlandaise

Le français a emprunté au néerlandais plusieurs centaines de mots, surtout dans la marine, la gestion de l'eau, le commerce et la vie quotidienne de Flandre. Bâbord, matelot, digue, kermesse ou espiègle : tour d'horizon d'un héritage souvent insoupçonné.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 3 min de lecture

Sommaire
  1. Pourquoi tant d'emprunts ?
  2. La mer et la marine
  3. L'eau, les terres et la ville
  4. Vie quotidienne, fêtes et caractère
  5. Et dans l'autre sens
  6. Questions fréquentes

Pourquoi tant d'emprunts ?

Deux contextes historiques expliquent l'essentiel des emprunts. Au Moyen Âge, la Flandre est l'une des régions les plus riches d'Europe, en contact permanent avec la France : draperie, foires, ports (Bruges, Gand). Puis, au XVIIe siècle, la République des Provinces-Unies devient la première puissance maritime et commerciale du monde (voir le Siècle d'or) : son vocabulaire nautique se diffuse dans toutes les langues d'Europe, y compris en anglais et en russe — Pierre le Grand vint d'ailleurs apprendre la construction navale à Zaandam et à Amsterdam en 1697. Les savoir-faire néerlandais en matière d'endiguement, d'assèchement et de drainage ont enfin apporté leurs termes techniques.

La mer et la marine

Mot françaisOrigine néerlandaiseSens d'origine
bâbordbakboord« bord du dos » : le barreur, tenant le gouvernail à droite, tournait le dos à ce côté
tribordstuurboord« bord du gouvernail »
matelotmoyen néerlandais mattenoot« compagnon de natte », qui partage le couchage
amarreraanmarren / marrenattacher un bateau
affalerafhalentirer vers le bas (un cordage, une voile)
cambusekombuiscuisine du navire
lestlastcharge
yachtjachtnavire rapide (« de chasse »), passé par l'anglais
vrac (en vrac)wracmarchandise (hareng) de mauvaise qualité, non triée
cabillaudkabeljauwmorue fraîche

L'eau, les terres et la ville

Mot françaisOrigine néerlandaiseRemarque
diguedijkemprunt du moyen néerlandais, XIVe siècle
polderpolderterre gagnée sur l'eau et entourée de digues (voir les polders)
dunemoyen néerlandais dunevoir côtes et dunes
boulevardbolwerkrempart ; les boulevards parisiens ont remplacé d'anciennes fortifications
blocusblokhuisfortin servant à bloquer un passage
briquemoyen néerlandais brickematériau-roi de l'architecture des Pays-Bas
échoppemoyen néerlandais schoppepetite boutique adossée
bourgmestreburgemeestermaire, en Belgique et aux Pays-Bas
stathouderstadhouder« lieutenant », titre des princes d'Orange sous la République

Vie quotidienne, fêtes et caractère

Mot françaisOrigine néerlandaiseSens d'origine
kermessekerkmis« messe d'église » : fête de la dédicace de la paroisse
mannequinmanneken« petit homme », figurine
bouquinboekijn« petit livre »
vacarmewach arme« hélas, pauvre (de moi) », cri de lamentation
drôlemoyen néerlandais drollutin, petit bonhomme
espiègleUilenspiegelTill l'Espiègle, farceur des récits populaires allemands et flamands
frelaterverlatentransvaser (le vin), d'où falsifier
colzakoolzaad« graine de chou »
blocbloktronc, billot
pompepompappareil de pompage des navires

Certains mots sont restés propres au français de Belgique ou du Nord de la France : kot (chambre d'étudiant), drache (averse, de draschen) ou dringuelle (pourboire, de drinkgeld). Pour la tradition des fêtes, voir traditions et coutumes.

Et dans l'autre sens

Les emprunts du néerlandais au français sont bien plus nombreux encore : la cour de Bourgogne (voir Pays-Bas bourguignons), puis le prestige du français dans les élites du XVIIe au XIXe siècle et la période napoléonienne (voir royaume de Hollande) ont laissé des milliers de mots. Un francophone reconnaît sans peine :

NéerlandaisPrononciation approximativeFrançais
trottoirtro-twartrottoir
paraplupa-ra-pluparapluie
cadeauka-dôcadeau
bureaubu-rôbureau
plafondpla-fonneplafond
jus d'orangeju do-ran-jeujus d'orange
chauffeurcho-feurchauffeur
enquêtean-kètsondage, questionnaire
tantetan-teutante

Ce vocabulaire commun facilite l'apprentissage pour un francophone (voir apprendre le néerlandais), avec quelques faux amis : raar signifie « bizarre » et non « rare », slim veut dire « intelligent » et non « mince », et kast désigne une armoire.

Questions fréquentes

Pourquoi dit-on bâbord et tribord ?

Ces mots viennent du néerlandais bakboord et stuurboord. Sur les anciens navires, le gouvernail (stuur) était placé à droite ; le barreur tournait donc le dos (bak) au côté gauche. L'anglais a gardé starboard du même mot germanique.

« Boulevard » vient-il vraiment du néerlandais ?

Oui, du moyen néerlandais bolwerc, « ouvrage de madriers », c'est-à-dire un rempart. Les grands boulevards de Paris ont été tracés à l'emplacement d'anciennes enceintes, d'où le glissement de sens vers « large avenue ».

Le mot « hollandais » est-il passé en français ?

Il désigne les habitants de la Hollande et, par extension, les Néerlandais — un raccourci discuté dans notre page Pays-Bas ou Hollande ?. On le retrouve dans la « sauce hollandaise », une recette française que les Néerlandais n'appellent pas ainsi.