Les langues régionales des Pays-Bas

Derrière le néerlandais standard, les Pays-Bas reconnaissent plusieurs langues régionales — frison, bas-saxon, limbourgeois — et, dans la partie caribéenne du royaume, le papiamento et l'anglais. Le sranan tongo du Suriname s'entend aussi dans les rues d'Amsterdam et de Rotterdam.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 3 min de lecture

Sommaire
  1. Un cadre juridique européen
  2. Le bas-saxon (Nedersaksisch)
  3. Le limbourgeois
  4. Papiamento et anglais aux Caraïbes
  5. Sranan tongo et langues de la diaspora
  6. Questions fréquentes

Un cadre juridique européen

Les Pays-Bas ont ratifié en 1996 la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires du Conseil de l'Europe. Le frison bénéficie de la protection la plus forte (partie III) et d'une loi nationale qui en fait une langue officielle en Frise. Le bas-saxon et le limbourgeois sont reconnus au titre de la partie II, qui impose surtout à l'État de ne pas entraver leur usage et d'en soutenir la transmission ; le yiddish et le romani le sont comme langues « non territoriales ». Enfin, la langue des signes néerlandaise (Nederlandse Gebarentaal, NGT) est reconnue par une loi entrée en vigueur en 2021.

LangueTerritoireStatutParticularité
Frison occidentalFriseLangue officielle provincialeEnseigné à l'école, médias propres
Bas-saxonGroningue, Drenthe, Overijssel, Gueldre orientaleCharte, partie IIContinuum avec le bas-allemand d'Allemagne du Nord
LimbourgeoisLimbourg néerlandais (et belge)Charte, partie II (1997)Accent tonal, rare en germanique
PapiamentoBonaire (et Aruba, Curaçao)Langue officielle localeCréole ibéro-africain
AnglaisSaba, Saint-Eustache (et Sint Maarten)Langue officielle localeLangue de l'école et de l'administration
Sranan tongoSuriname ; diaspora aux Pays-BasPas de statut aux Pays-BasCréole à base anglaise

Le bas-saxon (Nedersaksisch)

Le bas-saxon regroupe les parlers du nord-est : Gronings à Groningue, Drents en Drenthe, Twents et Sallands en Overijssel, Achterhoeks et Veluws en Gueldre. Ces parlers forment un continuum avec le Plattdeutsch de l'autre côté de la frontière allemande : un fermier de Twente et un fermier du Münsterland se comprennent mieux entre eux qu'avec un Amstellodamois. Le salut Moi!, typique de Groningue, s'est d'ailleurs répandu dans tout le nord du pays.

Son usage recule nettement : une étude de l'université de Groningue publiée en 2025 estime qu'environ 17 % des habitants de Groningue et de Drenthe utilisent encore le bas-saxon à la maison, une proportion bien plus élevée chez les plus de 60 ans que chez les jeunes. Des groupes comme Normaal (Achterhoek) ou des chanteurs comme Daniël Lohues (Drenthe) ont donné à ces parlers une véritable scène musicale.

Le limbourgeois

Dans la province de Limbourg, le dialecte reste très vivant : à Maastricht, Ruremonde ou Venlo, il n'est pas rare d'entendre des familles, des commerçants ou des élus parler limbourgeois au quotidien. Chaque ville a sa variante (Mestreechs à Maastricht, Venloos…). Particularité rare parmi les langues germaniques : le limbourgeois possède un accent tonal, qui distingue des mots de même forme par la mélodie de la syllabe. Le dialecte est indissociable du carnaval, dont les chansons sont presque toutes en limbourgeois.

Papiamento et anglais aux Caraïbes

Depuis 2010, Bonaire, Saba et Saint-Eustache sont des communes à statut particulier des Pays-Bas. À Bonaire, la langue courante est le papiamento, créole né aux XVIIe et XVIIIe siècles d'un mélange de portugais, d'espagnol, de langues d'Afrique de l'Ouest et de néerlandais ; il est aussi langue officielle d'Aruba et de Curaçao. À Saba et Saint-Eustache, comme à Sint Maarten, on parle anglais au quotidien.

PapiamentoPrononciation approximativeFrançais
Bon diabonne diaBonjour
Kon ta bai?konne ta baïComment ça va ?
Mi ta bonmi ta bonneJe vais bien
DankidankiMerci
AyoayoAu revoir

Sranan tongo et langues de la diaspora

Le sranan tongo, créole à base anglaise, est la langue véhiculaire du Suriname. Il est largement compris par les Néerlandais d'origine surinamaise, qui forment l'une des plus grandes communautés issues de l'immigration, et a donné à l'argot des jeunes urbains (straattaal) des mots comme mattie (pote), doekoe (argent) ou fawaka (salut, « comment ça va ? »). Le sarnami (hindoustani du Suriname), le javanais surinamais, le turc, l'arabe marocain et le tamazight (berbère, en particulier le tarifit du Rif) sont aussi parlés par des centaines de milliers de personnes (voir les Marocains aux Pays-Bas et immigration et diversité).

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Questions fréquentes

Le limbourgeois est-il une langue ou un dialecte ?

Les deux points de vue coexistent. Linguistiquement, il s'agit d'un ensemble de parlers franconiens proches du néerlandais ; politiquement, les Pays-Bas l'ont reconnu en 1997 comme langue régionale au titre de la Charte européenne, sans lui donner de statut officiel dans l'administration.

Le papiamento est-il parlé aux Pays-Bas européens ?

Oui, par la communauté antillaise, nombreuse notamment à Rotterdam, Almere et dans plusieurs villes moyennes. Mais il n'y a pas de statut officiel en dehors des îles.

Qu'est-ce que la « straattaal » ?

Littéralement « langue de la rue » : un argot urbain des grandes villes, nourri de sranan tongo, d'arabe marocain, de papiamento et d'anglais, utilisé surtout par les jeunes et popularisé par le rap néerlandais.