Les Pays-Bas dans la Seconde Guerre mondiale (1940-1945)
Cinq jours de combats en mai 1940, cinq ans d'occupation allemande, la déportation de la plupart des Juifs du pays, la famine de l'hiver 1944-1945 et une libération en deux temps : la guerre a été la plus grande catastrophe de l'histoire néerlandaise moderne, et elle structure encore la mémoire nationale.
Sommaire
Mai 1940 : cinq jours de guerre
Neutres depuis plus d'un siècle (voir 1914-1918), les Pays-Bas sont envahis à l'aube du 10 mai 1940, en même temps que la Belgique et le Luxembourg. L'armée néerlandaise, environ 280 000 hommes mal équipés, s'appuie sur des lignes défensives (ligne de la Grebbe, ligne Peel-Raam, « Forteresse Hollande » protégée par les inondations).
- Assaut aéroporté sur La Haye : des parachutistes et troupes aéroportées allemandes attaquent les aérodromes d'Ypenburg, Valkenburg et Ockenburg pour capturer la reine et le gouvernement. L'opération échoue, au prix de lourdes pertes allemandes en avions de transport.
- Ponts de Moerdijk, Dordrecht et Rotterdam : pris par surprise par des parachutistes, ils ouvrent la route de la Hollande aux blindés venus du Brabant.
- Grebbeberg (11-13 mai) : les combats les plus meurtriers de la campagne ; la ligne cède le 13 mai. Le cimetière militaire du Grebbeberg, près de Rhenen, rassemble plus de 400 tombes de soldats néerlandais.
- Afsluitdijk : à Kornwerderzand, les casemates de la digue repoussent l'attaque allemande du 12 au 14 mai — un rare succès défensif, à voir au musée de casemates sur place (voir l'Afsluitdijk).
Le 13 mai, la reine Wilhelmine quitte le pays pour Londres, suivie du gouvernement. Le 14 mai, la Luftwaffe bombarde le centre de Rotterdam ; menacé de voir Utrecht subir le même sort, le général Henri Winkelman capitule. L'acte est signé le 15 mai à Rijsoord. En Zélande, les combats se poursuivent jusqu'au 17 mai ; Middelbourg est alors en grande partie détruite. Plus de 2 000 militaires néerlandais sont tués en cinq jours.
L'occupation (1940-1945)
Hitler confie le pays à un Reichskommissar civil, l'Autrichien Arthur Seyss-Inquart, qui s'appuie sur une administration néerlandaise restée en place. Le Mouvement national-socialiste (NSB) d'Anton Mussert collabore, sans obtenir le pouvoir. L'occupation se durcit progressivement : interdiction des partis (1941), travail obligatoire en Allemagne (Arbeitseinsatz), réquisitions, prises d'otages.
Persécution et Shoah
La population juive est exclue, recensée, marquée de l'étoile jaune (mai 1942) puis déportée à partir de juillet 1942 via les camps de Westerbork et de Vught. Environ 102 000 des quelque 140 000 Juifs vivant aux Pays-Bas sont assassinés, soit la proportion la plus élevée d'Europe de l'Ouest. L'histoire d'Anne Frank, cachée à Amsterdam dans l'Annexe, en est le symbole mondial. Voir la page détaillée Shoah aux Pays-Bas.
Résistance
- Grève de février (25-26 février 1941) : à Amsterdam et dans ses environs, des dizaines de milliers de travailleurs cessent le travail pour protester contre les rafles de Juifs — la seule grève de masse contre la persécution des Juifs dans l'Europe occupée. Elle est commémorée chaque année devant la statue du Docker (De Dokwerker).
- Grèves d'avril-mai 1943, après l'annonce du retour en captivité des anciens soldats ; répression sanglante.
- Presse clandestine : Het Parool, Trouw, Vrij Nederland, devenus de grands journaux après la guerre.
- Aide aux clandestins (onderduikers) : environ 300 000 personnes ont vécu cachées, dont des Juifs, des réfractaires au travail obligatoire et des résistants.
- Engelandvaarders : ceux qui gagnent Londres pour rejoindre les forces alliées, comme Erik Hazelhoff Roelfzema, le « Soldat d'Orange ».
Depuis Londres, la reine s'adresse au pays par Radio Oranje et devient la « mère de la résistance ». La princesse héritière Juliana et ses filles, dont la future reine Beatrix, passent la guerre au Canada.
La guerre en Asie
Dans les Indes néerlandaises, le Japon attaque en janvier 1942. La flotte alliée du contre-amiral Karel Doorman est anéantie lors de la bataille de la mer de Java (27 février 1942) et l'armée coloniale (KNIL) capitule le 8 mars 1942. Plus de 100 000 civils européens et indo-européens sont internés dans des camps japonais, des dizaines de milliers de prisonniers de guerre travaillent sur la ligne de chemin de fer Birmanie-Thaïlande, et des centaines de milliers de travailleurs forcés indonésiens (romusha) meurent. La capitulation japonaise du 15 août 1945, commémorée chaque année ce jour-là aux Pays-Bas, est suivie deux jours plus tard de la proclamation de l'indépendance indonésienne.
Libération en deux temps
Le Sud est libéré à partir de septembre 1944 : Maastricht est la première grande ville libérée, le 14 septembre. Le 17 septembre, l'opération Market Garden tente de franchir le Rhin à Arnhem ; elle libère Eindhoven et Nimègue, mais échoue à Arnhem. La bataille de l'Escaut (octobre-novembre 1944), menée surtout par les Canadiens, ouvre le port d'Anvers au prix de l'inondation de Walcheren. Au nord des grands fleuves, la grève des chemins de fer et le blocus allemand provoquent l'hiver de la faim (environ 20 000 morts).
Au printemps 1945, les troupes canadiennes libèrent l'est et le nord (Arnhem et Groningue à la mi-avril). Le 4 mai, la capitulation des forces allemandes du nord-ouest est signée à la lande de Lunebourg ; le 5 mai 1945, à l'hôtel De Wereld de Wageningen, le général canadien Charles Foulkes et le commandant allemand Johannes Blaskowitz en règlent les modalités pour les Pays-Bas. C'est la date retenue pour la fête de la Libération.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 10 mai 1940 | Invasion allemande |
| 13 mai 1940 | Départ de la reine Wilhelmine pour Londres |
| 14 mai 1940 | Bombardement de Rotterdam |
| 15 mai 1940 | Capitulation signée à Rijsoord |
| 25-26 février 1941 | Grève de février |
| 8 mars 1942 | Capitulation des Indes néerlandaises face au Japon |
| 15 juillet 1942 | Premier convoi de déportation depuis Westerbork |
| 14 septembre 1944 | Libération de Maastricht |
| 17-25 septembre 1944 | Opération Market Garden |
| Hiver 1944-1945 | Hiver de la faim |
| 5 mai 1945 | Capitulation allemande aux Pays-Bas (Wageningen) |
| 15 août 1945 | Capitulation du Japon |
Mémoire et lieux à visiter
Le 4 mai (Dodenherdenking), le pays observe deux minutes de silence à 20 h ; le roi dépose une couronne au Monument national du Dam à Amsterdam. Le 5 mai est la fête de la Libération (voir jours fériés). Lieux majeurs : la maison d’Anne Frank, le camp de Westerbork en Drenthe, le Mémorial national de Vught, le musée Airborne d'Oosterbeek près d'Arnhem, le Musée national de la Libération de Groesbeek, le Verzetsmuseum (musée de la Résistance) d'Amsterdam et le Grebbeberg.
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Questions fréquentes
Combien de temps les Pays-Bas ont-ils résisté en 1940 ?
Cinq jours, du 10 au 14 mai 1940, avant la capitulation signée le 15 mai ; les combats se sont poursuivis en Zélande jusqu'au 17 mai.
Quand les Pays-Bas ont-ils été libérés ?
Le Sud entre septembre et novembre 1944 ; le reste du pays au printemps 1945, la capitulation allemande prenant effet le 5 mai 1945, date de la fête de la Libération.
Combien de Néerlandais sont morts pendant la Seconde Guerre mondiale ?
Environ 200 000 victimes en Europe, dont près de la moitié sont des Juifs assassinés, auxquelles s'ajoutent les victimes militaires et civiles dans les Indes néerlandaises.
Pourquoi la reine Wilhelmine est-elle partie à Londres ?
Pour ne pas tomber aux mains des Allemands et maintenir un gouvernement légitime et libre, qui continua la guerre aux côtés des Alliés avec la flotte, la marine marchande et les colonies.