L'hiver de la faim (1944-1945)

Pendant les derniers mois de l'occupation, l'ouest des Pays-Bas, resté aux mains des Allemands après l'échec de Market Garden, connaît une famine qui fait environ 20 000 morts. Ses effets sur la santé des enfants nés à cette époque sont encore étudiés aujourd’hui.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Les causes
  2. La famine au quotidien
  3. Les secours
  4. Un héritage scientifique majeur
  5. Mémoire et lieux
  6. Questions fréquentes

Les causes

La grève des chemins de fer

Le 17 septembre 1944, jour du lancement de l'opération Market Garden, le gouvernement néerlandais en exil à Londres appelle par la radio les cheminots à cesser le travail pour gêner les mouvements de troupes allemands. Environ 30 000 employés des Nederlandse Spoorwegen entrent dans la clandestinité. Mais l'offensive alliée échoue devant Arnhem et le front se fige sur les grands fleuves : l'ouest du pays reste occupé.

L'embargo allemand

En représailles, le Reichskommissar Arthur Seyss-Inquart interdit tout transport de vivres par voie d'eau vers l'ouest. L'embargo n'est partiellement levé qu'au début de novembre 1944, alors que les canaux commencent à geler et que les Allemands ont réquisitionné bateaux et camions. Le charbon manque : plus de gaz, plus d'électricité, plus de chauffage.

Un hiver rigoureux

L'hiver 1944-1945 est précoce et froid ; le gel bloque les voies navigables. Les réserves agricoles du nord-est (Frise, Groningue) et de l'est sont coupées des grandes villes de l'ouest.

La famine au quotidien

Dans les villes de la Randstad, Amsterdam, Rotterdam, La Haye, Utrecht, Leyde, Haarlem, les rations officielles tombent sous 1 000 kcal par jour à la fin de novembre 1944, puis sous 500 kcal en février-avril 1945. On mange des betteraves à sucre, des épluchures et des bulbes de tulipes, dont le Bureau de l'alimentation publie des recettes. Des cuisines centrales distribuent une soupe claire.

Des dizaines de milliers de citadins, surtout des femmes et des adolescents, partent en hongertochten (« marches de la faim ») vers les campagnes du nord de la Hollande, de la Gueldre ou de la Frise, à pied ou sur des vélos sans pneus, pour troquer bijoux, linge ou argenterie contre des pommes de terre. Pour se chauffer, les habitants démontent les maisons vides, notamment celles des Juifs déportés dans le quartier juif d'Amsterdam, abattent les arbres des rues et arrachent le bois entre les rails de tramway.

Les plus touchés sont les hommes âgés et les habitants des grandes villes. On estime le nombre de morts liées à la faim et au froid à environ 20 000. L'actrice Audrey Hepburn, alors adolescente à Velp près d'Arnhem, a raconté avoir souffert de malnutrition sévère pendant cet hiver.

Les secours

DateÉvénement
17 septembre 1944Début de la grève des chemins de fer
Fin septembre 1944Embargo allemand sur les transports de vivres
Début novembre 1944Levée partielle de l'embargo
Fin janvier 1945Arrivée à Delfzijl de navires de la Croix-Rouge suédoise : farine et margarine (« pain suédois »)
30 avril 1945Négociations d'Achterveld entre Alliés et occupants sur le ravitaillement
29 avril – 8 mai 1945Opérations aériennes Manna (RAF) et Chowhound (USAAF) : plus de 11 000 tonnes de vivres larguées
2 mai 1945Début de l'opération Faust : convois de camions alliés via Rhenen
5 mai 1945Capitulation allemande aux Pays-Bas, signée le 6 mai à Wageningen

Les largages de Manna et Chowhound, effectués à très basse altitude sur des terrains comme l'hippodrome de Duindigt près de La Haye, l'aéroport de Valkenburg ou Terbregge près de Rotterdam, ont été rendus possibles par une trêve tacite puis négociée avec Seyss-Inquart. Ils restent un souvenir très vif : les habitants avaient écrit « Thank you » ou « Many thanks » sur les toits et les champs.

Un héritage scientifique majeur

Parce que la famine a frappé une population bien nourrie avant et après, dans un pays doté d'excellents registres d'état civil, elle constitue une « expérience naturelle » unique. La Dutch Famine Birth Cohort Study, menée notamment à Amsterdam, a suivi des personnes exposées à la faim in utero : elles présentent plus de diabète de type 2, d'obésité, de maladies cardiovasculaires et, selon certaines études, de troubles psychiatriques. Ces travaux ont été fondateurs pour l'épigénétique et la théorie de l'origine développementale de la santé.

Mémoire et lieux

Le souvenir de l'hiver de la faim est au cœur de la commémoration du 4 mai et de la fête de la Libération du 5 mai (voir fêtes et jours fériés). Le Verzetsmuseum d'Amsterdam (musée de la Résistance), le musée Hotel De Wereld à Wageningen, lieu de la capitulation, et le Nationaal Monument Kamp Amersfoort évoquent cette période. Pour le contexte général, voir la Seconde Guerre mondiale aux Pays-Bas et la reine Wilhelmine, dont les messages de Radio Oranje soutenaient le moral.

Questions fréquentes

Combien de personnes sont mortes pendant l'hiver de la faim ?

Environ 20 000 selon l'estimation la plus courante, avec une fourchette de 18 000 à 22 000 selon les sources. Des centaines de milliers d'autres ont souffert d'œdème de famine.

Les Néerlandais ont-ils vraiment mangé des bulbes de tulipes ?

Oui. Faute d'autre nourriture, les bulbes de tulipes, riches en amidon, ont été vendus et cuisinés en soupe, en purée ou en galettes, avec des recettes diffusées officiellement. Ils sont peu nourrissants et parfois indigestes.

Pourquoi seul l'ouest du pays a-t-il été touché ?

Le sud était libéré depuis l'automne 1944 et le nord-est, agricole, disposait de nourriture. L'ouest urbain, coupé par le front et privé de transports, dépendait entièrement des approvisionnements bloqués par l'occupant.

Qu'est-ce que l'opération Manna ?

Une série de largages de vivres par des bombardiers britanniques (Manna) et américains (Chowhound) sur l'ouest des Pays-Bas, du 29 avril au 8 mai 1945, convenue avec les autorités allemandes pour enrayer la famine.