L’inondation de 1953 (Watersnoodramp)
Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 1953, une tempête et une marée de vives-eaux brisent les digues du sud-ouest des Pays-Bas. 1 836 personnes meurent. Cette catastrophe, la plus grave de l’histoire néerlandaise récente, a façonné la politique de l’eau jusqu’à aujourd’hui.
Sommaire
La nuit du 31 janvier au 1er février
Le 31 janvier 1953, une dépression très creuse traverse la mer du Nord depuis l’Écosse. Les vents de tempête du nord-ouest poussent une masse d’eau vers le sud de la mer du Nord, qui se rétrécit vers la Manche. Au même moment, la marée est de vives-eaux. Dans la nuit, le niveau de la mer atteint à Flessingue environ 4,55 m au-dessus du NAP, un niveau jamais mesuré auparavant. Les digues de Zélande, des îles de Hollande-Méridionale et de l’ouest du Brabant, souvent vieilles, basses et mal entretenues après la Seconde Guerre mondiale, sont submergées puis cèdent en des dizaines d’endroits.
Beaucoup d’habitants dorment. Les avertissements de tempête de l’institut météorologique avaient été diffusés à la radio le samedi soir, mais les émissions s’arrêtaient la nuit, et nombre de villages n’ont pas eu d’alerte. Les familles se réfugient dans les greniers ou sur les toits ; beaucoup de maisons, construites en briques sur des fondations légères, s’effondrent sous l’assaut des vagues. Le lendemain, une seconde marée haute aggrave encore la situation.
Le bilan
| Indicateur | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Morts aux Pays-Bas | 1 836 |
| Morts au Royaume-Uni et en Belgique | environ 300 et une trentaine |
| Terres inondées | environ 200 000 ha |
| Personnes évacuées | environ 70 000 |
| Bâtiments | des milliers de maisons détruites et des dizaines de milliers endommagées |
| Bétail | des dizaines de milliers de têtes noyées |
Les communes les plus meurtries se trouvent sur Goeree-Overflakkee, comme Oude-Tonge, qui perd une part considérable de sa population, sur Schouwen-Duiveland et dans le Zuid-Beveland, autour de Kruiningen.
Le bateau qui a sauvé la Hollande
Le pire a peut-être été évité de justesse. Dans la nuit, la digue de la Hollandse IJssel, à Nieuwerkerk aan den IJssel, commence à céder. Derrière elle se trouve la partie la plus basse du pays (voir relief et altitude) et, au-delà, une grande partie de la Hollande-Méridionale, dont Rotterdam et Gouda. À la demande du bourgmestre, le batelier Arie Evegroen engage son navire, De Twee Gebroeders, dans la brèche, où il reste coincé et la colmate. Un monument commémore ce geste sur la digue.
Secours et reconstruction
Les secours s’organisent dans le chaos : l’armée, des bateliers volontaires, des radioamateurs qui assurent les communications, et une aide internationale massive, notamment des forces armées américaines et britanniques, avec hélicoptères et véhicules amphibies. Une grande collecte nationale réunit dons d’argent, de vêtements et de meubles. La fermeture des brèches prend des mois. La dernière, à Ouwerkerk sur Schouwen-Duiveland, est colmatée le 6 novembre 1953 à l’aide de caissons de béton Phoenix, qui avaient servi aux ports artificiels du débarquement de Normandie. Quatre de ces caissons abritent aujourd’hui le Watersnoodmuseum, musée national de l’inondation.
Le plan Delta
Trois semaines après la catastrophe, le gouvernement installe la commission Delta. Son rapport conduit à la loi Delta de 1958 et à quarante ans de travaux : fermeture des bras de mer, barrières anti-tempête, rehaussement des digues. Le plan Delta, achevé en 1997 avec la Maeslantkering, réduit la longueur de côte exposée de plusieurs centaines de kilomètres. La catastrophe a aussi fondé la doctrine néerlandaise actuelle de la gestion de l’eau : des normes de sécurité fondées sur le risque, une révision régulière des digues et un financement à long terme.
Mémoire
Chaque 1er février, des commémorations ont lieu en Zélande et en Hollande-Méridionale. Les anniversaires décennaux donnent lieu à des cérémonies nationales en présence de la famille royale. Dans les villages, des monuments et des marques de hauteur d’eau rappellent l’ampleur de l’inondation ; certains habitants ont conservé l’habitude de surveiller la météo chaque fois qu’une tempête approche à marée haute.
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Questions fréquentes
Combien de morts lors de l’inondation de 1953 ?
1 836 aux Pays-Bas, auxquels s’ajoutent environ 300 victimes au Royaume-Uni et une trentaine en Belgique, touchés par la même tempête.
Pourquoi les digues ont-elles cédé ?
La combinaison d’une tempête du nord-ouest et d’une marée de vives-eaux a porté la mer à un niveau record, au-dessus de digues trop basses et fragilisées par un entretien insuffisant pendant et après la guerre.
Où en apprendre plus sur la catastrophe ?
Au Watersnoodmuseum d’Ouwerkerk, installé dans les caissons qui ont fermé la dernière brèche, et sur l’île de Neeltje Jans, au pied de l’Oosterscheldekering.