L'esclavage néerlandais et Keti Koti
Pendant plus de deux siècles, des marchands, des compagnies et des villes néerlandaises ont tiré profit de la traite et de l'esclavage. Aboli le 1er juillet 1863, ce passé est commémoré chaque année par Keti Koti, les « chaînes brisées ».
Sommaire
Les Néerlandais dans la traite atlantique
Les Néerlandais entrent tardivement dans la traite transatlantique, mais y jouent un rôle de premier plan au XVIIe siècle. La Compagnie des Indes occidentales (WIC), créée en 1621, s'empare en 1637 du fort portugais d'Elmina, sur la Côte-de-l'Or (Ghana actuel), qui devient le centre de son commerce africain. Pendant l'occupation du nord-est du Brésil (1630-1654), puis grâce au contrat d'asiento pour fournir les colonies espagnoles, Curaçao devient l'un des principaux marchés d'êtres humains des Caraïbes.
Après la fin du monopole de la WIC sur la traite (1730), des armateurs privés prennent le relais, notamment la Middelburgsche Commercie Compagnie (MCC) de Middelbourg, en Zélande, dont les archives, inscrites au registre Mémoire du monde de l'UNESCO, documentent plus d'une centaine de voyages. Au total, on estime que des navires néerlandais ont transporté environ 550 000 à 600 000 Africains vers les Amériques, soit environ 5 % de la traite transatlantique. Une part importante mourait pendant la traversée.
L'esclavage dans les colonies
Au Suriname, des centaines de plantations de sucre, de café et de cacao reposent sur un système particulièrement violent : châtiments corporels, mutilations, espérance de vie très basse. Les fuites étaient nombreuses ; les Marrons fondent dans la forêt des sociétés libres que l'armée coloniale ne parvient pas à soumettre. À Curaçao, la révolte menée par Tula le 17 août 1795 est réprimée dans le sang ; Tula est exécuté le 3 octobre. Le 17 août est aujourd'hui commémoré sur l'île.
Dans l'océan Indien, la VOC pratique aussi l'esclavage à grande échelle : des centaines de milliers de personnes d'Asie et d'Afrique de l'Est sont asservies à Batavia, au Cap, à Ceylan ou dans les îles Banda. Cette histoire, longtemps moins connue, fait désormais partie de la recherche et de la commémoration.
L'économie de la métropole en profite largement : selon une étude néerlandaise publiée en 2019, l'activité liée à l'esclavage représentait environ 5 % du PIB de la République en 1770, et plus de 10 % de celui de la province de Hollande. Une enquête commandée par le gouvernement et publiée en 2023 a établi que la maison d'Orange-Nassau avait tiré des colonies l'équivalent de plusieurs centaines de millions d'euros actuels entre 1675 et 1770.
Une abolition tardive
| Date | Étape |
|---|---|
| 1814 | Interdiction de la traite par les Pays-Bas |
| 1834 / 1848 | Abolition dans les colonies britanniques puis françaises |
| 1er janvier 1860 | Abolition aux Indes orientales néerlandaises |
| 1er juillet 1863 | Abolition au Suriname et dans les Antilles néerlandaises |
| 1873 | Fin de la « supervision de l'État » au Suriname |
L'émancipation de 1863 concerne environ 33 000 personnes au Suriname et 12 000 dans les Antilles. Ce sont les propriétaires, et non les victimes, qui reçoivent une indemnisation : 300 florins par personne au Suriname. Les personnes libérées du Suriname doivent encore travailler dix ans sur les plantations contre un salaire, sous contrôle de l'État. C'est pourquoi beaucoup considèrent 1873 comme la véritable fin de l'esclavage.
Keti Koti : la fête des chaînes brisées
Keti Koti signifie « chaînes brisées » en sranan tongo. Célébré le 1er juillet au Suriname (où c'est un jour férié), dans les îles caribéennes et aux Pays-Bas, il associe commémoration et fête : cérémonie officielle, tenue traditionnelle koto, musique, et repas partagés. Depuis 2009, des « tables de dialogue Keti Koti » réunissent descendants d'esclavisés et autres Néerlandais pour parler de ce passé.
La cérémonie nationale se tient à Amsterdam, dans l'Oosterpark, devant le Monument national du passé esclavagiste du sculpteur surinamais Erwin de Vries, inauguré le 1er juillet 2002 en présence de la reine Beatrix. D'autres monuments existent notamment à Rotterdam et à Middelbourg.
Excuses et reconnaissance
Après les excuses de plusieurs villes (Amsterdam en 2021, puis Rotterdam, Utrecht et La Haye), le Premier ministre Mark Rutte présente le 19 décembre 2022 les excuses de l'État néerlandais pour l'esclavage, qualifié de crime contre l'humanité. Une « année de commémoration » s'ouvre le 1er juillet 2023 ; ce jour-là, à l'Oosterpark, le roi Willem-Alexander demande pardon en son nom propre, une première pour un monarque. Le gouvernement a créé un fonds de sensibilisation de 200 millions d'euros. Le Rijksmuseum a consacré en 2021 une grande exposition à l'esclavage, et un musée national de l'esclavage est en projet à Amsterdam.
Keti Koti n'est pas un jour férié chômé national aux Pays-Bas ; plusieurs grandes villes, partis et organisations réclament qu'il le devienne, et des entreprises et administrations accordent un jour de congé à leurs salariés (mise à jour : octobre 2026). Voir aussi les fêtes et jours fériés.
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Questions fréquentes
Que signifie Keti Koti ?
« Chaînes brisées » (ou « chaînes coupées ») en sranan tongo, la langue véhiculaire du Suriname. Le terme désigne la commémoration et la célébration de l'abolition de l'esclavage le 1er juillet.
Quand l'esclavage a-t-il été aboli aux Pays-Bas ?
Le 1er juillet 1863 dans les colonies du Suriname et des Antilles, et le 1er janvier 1860 aux Indes orientales. Au Suriname, les personnes libérées restèrent soumises au travail obligatoire sous contrôle de l'État jusqu'en 1873.
Le roi des Pays-Bas s'est-il excusé pour l'esclavage ?
Oui. Le 1er juillet 2023, lors de la commémoration nationale à Amsterdam, le roi Willem-Alexander a présenté ses excuses, après celles du gouvernement en décembre 2022.
Keti Koti est-il un jour férié aux Pays-Bas ?
Non, pas à l'échelle nationale (situation en octobre 2026), bien que le débat soit récurrent. C'est en revanche un jour férié au Suriname.