La République des Provinces-Unies (1581-1795)
Née de la révolte contre l'Espagne, la République des Sept Provinces-Unies fut pendant deux siècles une anomalie dans une Europe de monarchies : un État fédéral, dirigé par des marchands, où la maison d'Orange n'exerçait qu'une fonction déléguée.
Sommaire
Un État fédéral sans équivalent
La République n'a jamais eu de constitution au sens moderne. Son texte de référence est l'Union d'Utrecht de 1579, alliance militaire entre provinces souveraines. Après le refus des couronnes étrangères, les États généraux assument la souveraineté en 1588 : la guerre d'indépendance a produit, presque par défaut, une république.
Les institutions
| Institution | Rôle |
|---|---|
| États provinciaux | Véritables souverains : chaque province (Hollande, Zélande, Utrecht, Gueldre, Overijssel, Frise, Groningue) est représentée par ses villes et sa noblesse. |
| États généraux | Assemblée des délégations provinciales à La Haye (une voix par province) : politique étrangère, guerre, finances communes. Décisions importantes à l'unanimité. |
| Stathouder | « Lieutenant » nommé par chaque province, en pratique un prince d'Orange-Nassau : commandement de l'armée et de la flotte, nomination de magistrats urbains. |
| Grand pensionnaire | Haut fonctionnaire des États de Hollande, véritable chef de la diplomatie et des finances. |
| Conseil d'État, Amirautés | Gestion militaire ; cinq amirautés (Amsterdam, Rotterdam, Zélande, Noorderkwartier, Frise). |
La Hollande fournit environ 58 % du budget fédéral et domine donc la politique. Les villes y sont gouvernées par des oligarchies de « régents » cooptés. La Drenthe n'a pas de vote, et les « pays de la Généralité » conquis au sud (Brabant septentrional, Limbourg, Flandre zélandaise) sont administrés directement par les États généraux sans représentation.
Orangistes contre républicains
Toute l'histoire politique de la République oppose deux camps : les orangistes, partisans d'un stathouder fort, soutenus par l'Église réformée orthodoxe, la petite noblesse et le peuple ; et les régents de Hollande, attachés à la souveraineté des provinces et à la paix commerciale.
| Période | Figure dominante | Faits marquants |
|---|---|---|
| 1588-1618 | Oldenbarnevelt et Maurice de Nassau | Conquêtes, trêve de 1609 ; conflit religieux, exécution d'Oldenbarnevelt (1619) |
| 1625-1647 | Frédéric-Henri | Apogée militaire, cour princière à La Haye |
| 1647-1650 | Guillaume II | Coup de force contre Amsterdam (1650), mort de la variole |
| 1650-1672 | Johan de Witt (grand pensionnaire 1653-1672) | Première période sans stathouder, « Vraie Liberté », guerres contre l'Angleterre |
| 1672-1702 | Guillaume III | Rampjaar, guerre contre Louis XIV, roi d'Angleterre en 1689 |
| 1702-1747 | Grands pensionnaires (Heinsius, Van Slingelandt) | Seconde période sans stathouder, guerre de Succession d'Espagne, paix d'Utrecht (1713) |
| 1747-1795 | Guillaume IV puis Guillaume V | Stathoudérat héréditaire dans toutes les provinces ; crise patriote |
Une société singulière
L'Église réformée est l'Église publique, mais la République ne l'impose pas : catholiques, mennonites, luthériens et Juifs séfarades puis ashkénazes peuvent pratiquer, souvent dans des églises cachées (schuilkerken) comme le musée Ons' Lieve Heer op Solder à Amsterdam. Cette tolérance pragmatique, la liberté relative d'imprimer et la richesse des villes attirent penseurs et imprimeurs : Descartes, Spinoza, Locke, Bayle. Grotius y fonde le droit international, Huygens et Leeuwenhoek révolutionnent les sciences.
L'économie, la plus avancée d'Europe au XVIIe siècle, repose sur le transport maritime, la Banque d'Amsterdam (1609), la Bourse et les compagnies à charte, VOC et WIC. Voir le Siècle d'or pour l'apogée culturel.
Le XVIIIe siècle : stagnation et crise
Après la guerre de Succession d'Espagne (1701-1713), la République, endettée, cesse d'être une grande puissance. Elle reste une place financière majeure (Amsterdam prête à toute l'Europe), mais l'industrie recule face à l'Angleterre. La quatrième guerre anglo-néerlandaise (1780-1784), déclenchée par le soutien néerlandais aux insurgés américains (la République reconnaît les États-Unis en 1782, l'une des premières), est un désastre naval et commercial.
Les Patriotes, mouvement inspiré des Lumières et de la révolution américaine, réclament la souveraineté populaire contre Guillaume V. En 1787, l'arrestation de son épouse Wilhelmine de Prusse près de Goejanverwellesluis provoque l'intervention de l'armée prussienne, qui rétablit le stathouder ; des milliers de patriotes s'exilent en France. Ils reviennent en janvier 1795 avec les armées révolutionnaires, qui franchissent les fleuves gelés : Guillaume V fuit en Angleterre et la République batave est proclamée.
Héritage
De la République, les Pays-Bas ont gardé le nom de leur Parlement (États généraux), le Binnenhof de La Haye comme siège du pouvoir, une tradition de décentralisation et de compromis, et le rôle de la maison d'Orange, devenue royale en 1815 (voir Orange-Nassau). Le palais royal du Dam, construit comme hôtel de ville d'Amsterdam (1648-1665), est le monument le plus éloquent de cette république de marchands.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on des « Sept Provinces » ?
Seules sept provinces votaient aux États généraux : Hollande, Zélande, Utrecht, Gueldre, Overijssel, Frise et Groningue. La Drenthe et les territoires conquis du Sud n'avaient pas de voix.
Le stathouder était-il un roi ?
Non. C'était un serviteur des États provinciaux, nommé par eux, chargé surtout de l'armée. Les princes d'Orange ont toutefois acquis un prestige quasi monarchique, et la fonction devient héréditaire en 1747.
Quand la République a-t-elle pris fin ?
En janvier 1795, quand l'armée française et les patriotes néerlandais renversent Guillaume V et fondent la République batave, État unitaire inspiré de la France révolutionnaire.