La République batave (1795-1806)

Proclamée en janvier 1795 dans le sillage des armées révolutionnaires françaises, la République batave remplace la vieille fédération des Provinces-Unies par un État unitaire. Instable et dépendante de Paris, elle pose pourtant les fondations administratives des Pays-Bas d'aujourd'hui.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Des Patriotes à la révolution
  2. Une « république sœur » sous tutelle
  3. Unitaristes contre fédéralistes
  4. Chronologie
  5. L'invasion de 1799
  6. Le Consulat batave et la fin de la République
  7. Un héritage durable
  8. Questions fréquentes

Des Patriotes à la révolution

Dans les années 1780, l'humiliation de la quatrième guerre anglo-néerlandaise (1780-1784) nourrit un vaste mouvement d'opposition au stathouder Guillaume V d'Orange-Nassau : les Patriotes. Inspirés par la révolution américaine et par le pamphlet Aan het Volk van Nederland (1781) de Joan Derk van der Capellen, ils réclament une citoyenneté active et forment des milices (exercitiegenootschappen). En juin 1787, des Patriotes arrêtent à Goejanverwellesluis l'épouse du stathouder, Wilhelmine de Prusse ; son frère, le roi de Prusse, envoie en septembre une armée qui rétablit le stathouder. Plusieurs milliers de Patriotes s'exilent en France, notamment à Saint-Omer et Dunkerque.

La Révolution française leur rend l'espoir. Pendant l'hiver 1794-1795, exceptionnellement rigoureux, les troupes de Pichegru, accompagnées de Patriotes exilés comme Herman Willem Daendels, franchissent les grands fleuves gelés. Le 18 janvier 1795, Guillaume V embarque à Scheveningen pour l'Angleterre ; le même jour, les Patriotes prennent le pouvoir à Amsterdam, et la République batave est proclamée dans la foulée. Le nom renvoie aux Bataves de l'Antiquité, présentés comme les ancêtres libres des Néerlandais (voir Préhistoire et époque romaine). Des arbres de la liberté sont plantés sur les places.

Une « république sœur » sous tutelle

La libération a un prix. Le traité de La Haye du 16 mai 1795 impose une indemnité de 100 millions de florins, l'entretien de 25 000 soldats français, la cession de la Flandre zélandaise, de Maastricht et de Venlo, ainsi qu'une alliance offensive et défensive avec la France. La République batave entre de ce fait en guerre contre la Grande-Bretagne, qui s'empare de la plupart des colonies néerlandaises (Le Cap, Ceylan, Malacca, Guyane) et détruit la flotte batave de l'amiral De Winter à Camperdown, au large de la Hollande, le 11 octobre 1797.

Unitaristes contre fédéralistes

Le grand débat oppose les fédéralistes, attachés à la souveraineté des provinces, aux unitaristes, partisans d'un État centralisé. L'Assemblée nationale, premier parlement néerlandais élu, se réunit à La Haye le 1er mars 1796, dans l’ancienne salle de bal du stathouder au Binnenhof, qui servit ensuite de salle des séances à la Tweede Kamer jusqu’en 1992. Le 2 septembre 1796, elle décrète l'égalité civique des juifs, une première en Europe après la France.

Faute d'accord, un premier projet de Constitution est rejeté par référendum en 1797. Le 22 janvier 1798, avec l'appui de Daendels et du ministre français Charles Delacroix, les unitaristes radicaux font un coup d'État et épurent l'Assemblée. La Staatsregeling, première constitution écrite des Pays-Bas, est approuvée par vote populaire le 23 avril 1798. Elle instaure un État unitaire, la séparation de l'Église et de l'État, l'égalité devant la loi et l'abolition des corporations et des privilèges seigneuriaux. Dès le 12 juin 1798, un second coup d'État, mené par Daendels contre les radicaux, installe un régime plus modéré.

Chronologie

DateÉvénement
1787Intervention prussienne, exil des Patriotes
Janvier 1795Arrivée des Français, fuite de Guillaume V, proclamation de la République batave
16 mai 1795Traité de La Haye avec la France
1er mars 1796Première Assemblée nationale
2 septembre 1796Égalité civique des juifs
11 octobre 1797Défaite navale de Camperdown
22 janvier 1798Coup d'État unitariste
23 avril 1798Adoption de la Staatsregeling
1799Invasion anglo-russe de la Hollande-Septentrionale ; fin de la VOC (31 décembre)
1801Nouvelle Constitution, plus fédérale
1805Schimmelpenninck grand-pensionnaire
5 juin 1806Louis Bonaparte roi de Hollande

L'invasion de 1799

En août 1799, une armée britannique et russe débarque près de Callantsoog, en Hollande-Septentrionale, avec l'espoir de soulever le pays en faveur du prince d'Orange. La flotte batave, travaillée par l'orangisme, se rend sans combattre au Vlieter le 30 août. Mais la population ne bouge pas, et l'armée franco-batave du général Brune, avec Daendels, l'emporte à Bergen (19 septembre) puis à Castricum (6 octobre). La convention d'Alkmaar (18 octobre 1799) organise le rembarquement des envahisseurs.

Le Consulat batave et la fin de la République

En 1801, un nouveau coup d'État, approuvé par Bonaparte, impose une Constitution plus conservatrice. La paix d'Amiens (1802) rend Le Cap aux Bataves, mais Ceylan reste britannique ; la guerre reprend dès 1803. En 1805, Napoléon impose un exécutif fort : Rutger Jan Schimmelpenninck, ancien ambassadeur à Paris, devient grand-pensionnaire. Son ministre des Finances Isaac Gogel instaure un système fiscal national unifié. Mais l'Empereur veut un contrôle plus direct : le 5 juin 1806, il fait de son frère Louis le roi d'un nouveau royaume de Hollande.

Un héritage durable

Malgré sa brièveté et sa dépendance envers la France, la République batave est le moment où naît l'État néerlandais moderne :

  • L'État unitaire : un gouvernement central, des ministères, un budget et des impôts nationaux, en lieu et place des sept provinces souveraines.
  • Les droits : égalité des citoyens, liberté de culte, émancipation des catholiques, des juifs et des protestants dissidents. La Constitution actuelle descend, par étapes, de celle de 1798.
  • La culture nationale : une orthographe officielle du néerlandais (Siegenbeek, 1804), une première loi scolaire nationale (1806) et, le 31 mai 1800, l'ouverture au palais Huis ten Bosch de la Galerie nationale d'art, ancêtre direct du Rijksmuseum.

Après 1813, le roi Guillaume Ier conservera ce cadre centralisé en fondant le Royaume uni des Pays-Bas.

Questions fréquentes

Pourquoi « batave » ?

En référence aux Bataves, peuple germanique installé dans le delta du Rhin à l'époque romaine, dont la révolte de 69 contre Rome était vue au XVIIIe siècle comme le symbole de l'amour néerlandais de la liberté.

La République batave était-elle indépendante ?

Formellement oui, mais elle était liée à la France par une alliance imposée, occupée par des troupes françaises et soumise aux interventions de Paris, qui appuya ou provoqua plusieurs coups d'État.

Quelle a été la première Constitution des Pays-Bas ?

La Staatsregeling de 1798, adoptée par la République batave. Elle a été suivie par celles de 1801, 1805, 1806, puis par la Loi fondamentale de 1814 du royaume, révisée notamment en 1848.

Qu'est devenu le stathouder Guillaume V ?

Exilé en Angleterre puis en Allemagne, il meurt en 1806 à Brunswick. C'est son fils qui revient en 1813 et devient le roi Guillaume Ier (voir les souverains depuis 1815).