Hugo Grotius

Enfant prodige, juriste, diplomate, théologien et poète, Hugo de Groot, dit Grotius, est considéré comme l'un des fondateurs du droit international. Sa vie compte aussi l'une des évasions les plus célèbres de l'histoire néerlandaise.

Mis à jour le 14 octobre 2026 · 4 min de lecture

Sommaire
  1. Le « miracle de la Hollande »
  2. La liberté des mers
  3. Prisonnier à Loevestein et évasion
  4. L'exil et le droit de la guerre et de la paix
  5. Héritage et traces aux Pays-Bas
  6. Questions fréquentes

Le « miracle de la Hollande »

Hugo de Groot naît le 10 avril 1583 à Delft, dans une famille de régents ; son père, Jan de Groot, sera bourgmestre de la ville et curateur de l'université de Leyde. Précoce, Hugo compose des vers latins à 8 ans et entre à l'université de Leyde à 11 ans. En 1598, à 15 ans, il accompagne le Grand Pensionnaire Johan van Oldenbarnevelt en ambassade auprès d'Henri IV, qui l'aurait présenté à sa cour comme « le miracle de la Hollande ». Il obtient à cette occasion un doctorat en droit de l'université d'Orléans.

Avocat à La Haye dès 1599, historiographe officiel de la province de Hollande, il est nommé avocat fiscal (procureur général) de Hollande en 1607, puis pensionnaire de Rotterdam en 1613. Il épouse en 1608 Maria van Reigersberch, femme de tête qui jouera un rôle décisif dans sa vie.

La liberté des mers

En 1603, la VOC s'empare dans le détroit de Singapour d'une caraque portugaise, la Santa Catarina, à la cargaison immense. Pour justifier cette prise, la Compagnie sollicite le jeune juriste, qui rédige un traité sur le droit de prise. Un chapitre en est publié anonymement en 1609 sous le titre Mare liberum (« La Mer libre ») : Grotius y soutient que la mer, ressource inépuisable et impossible à occuper, ne peut appartenir à aucune nation et doit rester ouverte au commerce de tous. Cette thèse, qui sert les intérêts commerciaux de la République des Provinces-Unies contre le monopole ibérique, provoque la réplique de l'Anglais John Selden (Mare clausum, 1635). Elle reste au fondement du droit de la mer.

Prisonnier à Loevestein et évasion

Pendant la trêve de Douze Ans (1609-1621), la République se déchire sur une querelle théologique entre arminiens (remontrants) et gomaristes (contre-remontrants), doublée d'un conflit politique entre Oldenbarnevelt et le stathouder Maurice de Nassau, fils de Guillaume d'Orange. Grotius soutient Oldenbarnevelt et la tolérance. En août 1618, Maurice fait arrêter les chefs du parti : Oldenbarnevelt est décapité en mai 1619, Grotius condamné à la prison à vie et enfermé au château de Loevestein, forteresse au confluent de la Meuse et du Waal, dans la Gueldre.

Il y poursuit ses travaux grâce aux livres que lui font parvenir ses amis dans un grand coffre. Le 22 mars 1621, sur une idée de son épouse, il se cache dans ce coffre, que les gardes, habitués, laissent sortir. Transporté à Gorinchem, il fuit déguisé en maçon vers Anvers puis Paris. Maria, restée à sa place, est libérée quelques semaines plus tard.

L'exil et le droit de la guerre et de la paix

À Paris, pensionné par Louis XIII, Grotius publie en 1625 son œuvre majeure, De jure belli ac pacis (« Du droit de la guerre et de la paix »), écrite au cœur de la guerre de Trente Ans. Il y fonde le droit entre les nations sur le droit naturel, accessible à la raison, et affirme qu'il vaudrait même « si Dieu n'existait pas » (etiamsi daremus). Il distingue les causes justes de la guerre et pose des limites à sa conduite (protection des non-combattants, respect des traités, modération).

Il tente en 1631 de rentrer aux Pays-Bas, mais doit repartir. De 1634 à 1645, il est ambassadeur de Suède auprès de la France, au service de la reine Christine. Rappelé à Stockholm en 1645, il fait naufrage au retour sur la Baltique et meurt d'épuisement à Rostock le 28 août 1645. Ses restes sont ramenés à Delft et inhumés dans la Nieuwe Kerk, près du tombeau de Guillaume d'Orange.

ŒuvreDateDomaine
Mare liberum1609Droit de la mer
Introduction au droit hollandaisécrite à Loevestein, publiée en 1631Droit civil (en néerlandais)
De veritate religionis christianae1627 (version néerlandaise en vers, 1622)Apologétique
De jure belli ac pacis1625Droit international
Annales et histoires des troubles des Pays-Basposthume, 1657Histoire

Héritage et traces aux Pays-Bas

Grotius est souvent qualifié de « père du droit international ». Son influence se lit dans la vocation juridique de La Haye, siège de la Cour internationale de justice au Palais de la Paix, dont la bibliothèque conserve une collection grotienne majeure (voir La Haye, ville internationale).

  • Delft : sa statue (1886) domine la Grand-Place (Markt), entre l'hôtel de ville et la Nieuwe Kerk, où se trouve son tombeau.
  • Château de Loevestein : la forteresse, ouverte à la visite, raconte son évasion ; elle présente un coffre réputé être celui de l'évasion.
  • Amsterdam et Delft : le Rijksmuseum et le musée Prinsenhof de Delft possèdent également un coffre revendiqué comme authentique.

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Questions fréquentes

Pourquoi Grotius est-il appelé père du droit international ?

Parce que De jure belli ac pacis (1625) est le premier exposé systématique des règles applicables entre États, en paix comme en guerre, fondées sur la raison plutôt que sur la religion. D'autres auteurs, comme Francisco de Vitoria, l'avaient précédé, mais son influence a été décisive.

Comment Grotius s'est-il évadé de Loevestein ?

Le 22 mars 1621, il s'est caché dans le coffre qui servait à transporter ses livres. Son épouse Maria van Reigersberch avait imaginé le plan ; le coffre a été porté jusqu'à Gorinchem, d'où il a gagné Anvers déguisé en maçon.

Où voir le coffre de Grotius ?

Trois coffres sont présentés comme celui de l'évasion : au Rijksmuseum d'Amsterdam, au musée Prinsenhof de Delft et au château de Loevestein. L'authenticité d'aucun n'est établie avec certitude.

Où est enterré Hugo Grotius ?

Dans la Nieuwe Kerk de Delft, qui abrite aussi le mausolée de Guillaume d'Orange et la crypte de la maison royale.