Le Royaume uni des Pays-Bas (1815-1830)
Pendant quinze ans, le Nord et le Sud des anciens Pays-Bas — l'actuelle Belgique comprise — forment un seul royaume sous Guillaume Ier d'Orange-Nassau. Une expérience voulue par les grandes puissances, modernisatrice sur le plan économique, mais brisée par la révolution belge de 1830.
Sommaire
Un État tampon voulu par l'Europe
Après la chute de Napoléon, les vainqueurs réunis au congrès de Vienne veulent un rempart solide au nord de la France. La Grande-Bretagne, en particulier, refuse que le port d'Anvers retombe entre des mains hostiles. La solution retenue réunit les anciennes Provinces-Unies et les anciens Pays-Bas autrichiens (la future Belgique), séparés depuis la fin du XVIe siècle. Le prince Guillaume-Frédéric, rentré d'exil en 1813 (voir royaume de Hollande et annexion française), se proclame roi des Pays-Bas le 16 mars 1815, en plein retour de Napoléon. Il devient aussi grand-duc de Luxembourg, territoire rattaché à titre personnel et membre de la Confédération germanique.
Quelques semaines plus tard, à Waterloo (18 juin 1815), des troupes néerlandaises et belges combattent sous les ordres de Wellington. Le fils aîné du roi, le prince d'Orange — futur Guillaume II —, y est blessé à l'épaule. La Butte du Lion, élevée entre 1823 et 1826 à l'endroit présumé de sa blessure, est l'un des rares monuments du royaume uni encore visibles.
Une constitution contestée
La Loi fondamentale (Grondwet) de 1814, rédigée sous la direction de Gijsbert Karel van Hogendorp, est révisée en 1815 pour intégrer le Sud. Elle crée des États généraux à deux chambres (la Première Chambre naît alors) et répartit les sièges de la Seconde Chambre à égalité entre Nord et Sud (55-55), alors que le Sud est nettement plus peuplé. Soumise aux notables du Sud en août 1815, elle est rejetée par une majorité d'entre eux ; le roi la déclare pourtant adoptée en comptant les abstentions comme des votes favorables et en écartant les refus motivés par des raisons religieuses. Cette « arithmétique hollandaise » marque d'emblée la relation entre les deux parties du royaume.
Le régime reste très monarchique : les ministres ne sont responsables que devant le roi, qui gouverne largement par arrêtés. Ce n'est qu'avec la Constitution de 1848 que les Pays-Bas deviendront une véritable monarchie parlementaire.
Guillaume Ier, le roi-marchand
Guillaume Ier (1772-1843) est un souverain travailleur, autoritaire et passionné d'économie. Son règne est une période de modernisation remarquable, souvent au profit du Sud industriel :
- Finance : création de la Société générale pour favoriser l'industrie nationale (Bruxelles, 1822) et de la Nederlandsche Handel-Maatschappij (1824), chargée du commerce avec les colonies — ancêtre lointain de la banque ABN AMRO.
- Canaux : Noordhollandsch Kanaal entre Amsterdam et Den Helder (1819-1824), Zuid-Willemsvaart reliant Bois-le-Duc à Maastricht (1822-1826), canal de Gand à Terneuzen (1827). Ils dessinent encore aujourd'hui le réseau navigable du pays.
- Industrie : soutien direct à John Cockerill, qui installe à Seraing (près de Liège) l'un des plus grands complexes sidérurgiques du continent.
- Enseignement : fondation des universités de Gand et de Liège (1817), développement de l'école primaire publique.
- Colonies : récupération de Java et des comptoirs des Indes en 1816 (le Cap et Ceylan restent britanniques), puis mise en place en 1830 du système des cultures forcées, très lucratif pour le Trésor (voir Indes néerlandaises).
Les causes de la rupture
Malgré la prospérité, les griefs du Sud s'accumulent et finissent par unir deux camps habituellement opposés, catholiques et libéraux :
- Religion : le Sud est catholique, le roi et l'élite du Nord protestants. L'obligation pour les futurs prêtres de passer par un Collège philosophique d'État à Louvain (1825) heurte profondément l'Église.
- Langue : l'arrêté de 1819 impose le néerlandais comme langue officielle dans les provinces flamandes à partir de 1823 ; la bourgeoisie francophone y voit une hollandisation forcée (voir le néerlandais).
- Représentation et administration : sièges égaux malgré une population inégale, ministres et officiers majoritairement issus du Nord.
- Fiscalité et dette : le Sud, peu endetté, doit partager la lourde dette hollandaise ; les impôts sur la mouture et l'abattage sont impopulaires.
- Libertés : restrictions de la presse et procès contre des opposants comme Louis de Potter.
En 1828, catholiques et libéraux du Sud forment une « union des oppositions ». Le 25 août 1830, une représentation de l'opéra La Muette de Portici à Bruxelles déclenche l'émeute qui conduit à l'indépendance de la Belgique.
Chronologie
| Date | Événement |
|---|---|
| 30 novembre 1813 | Retour du prince d'Orange à Scheveningen |
| 29 mars 1814 | Adoption de la Loi fondamentale (Nord) |
| 16 mars 1815 | Guillaume Ier se proclame roi des Pays-Bas |
| 18 juin 1815 | Bataille de Waterloo |
| Août 1815 | Constitution révisée, « arithmétique hollandaise » |
| 1822-1824 | Société générale, Nederlandsche Handel-Maatschappij |
| 25 août 1830 | Émeute de Bruxelles après La Muette de Portici |
| 4 octobre 1830 | Le gouvernement provisoire proclame l'indépendance de la Belgique |
| 19 avril 1839 | Traité de Londres : Guillaume Ier reconnaît la séparation |
| 7 octobre 1840 | Abdication de Guillaume Ier |
Ce qu'il en reste
Le royaume uni a fixé l'essentiel de l'architecture institutionnelle néerlandaise : la monarchie héréditaire des Orange-Nassau, les États généraux bicaméraux siégeant à La Haye, les provinces actuelles. Le roi Willem-Alexander est le descendant direct de Guillaume Ier. L'échec de 1830 a aussi durablement façonné l'identité néerlandaise, désormais plus homogène, protestante et tournée vers le commerce. Il faut attendre le Benelux d'après 1945 pour que les deux pays se rapprochent de nouveau.
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Questions fréquentes
La Belgique a-t-elle fait partie des Pays-Bas ?
Oui, de 1815 à 1830, au sein du Royaume uni des Pays-Bas. Auparavant, les deux territoires avaient déjà été réunis dans les Dix-Sept Provinces des ducs de Bourgogne et des Habsbourg (voir Pays-Bas bourguignons), jusqu'à la scission provoquée par la guerre de Quatre-Vingts Ans.
Quelle était la capitale du Royaume uni des Pays-Bas ?
Il n'y en avait pas une seule : les États généraux siégeaient alternativement à Bruxelles et à La Haye, une année sur deux. Amsterdam était la capitale constitutionnelle du Nord, où le roi avait été inauguré.
Pourquoi Guillaume Ier a-t-il abdiqué ?
Affaibli par la perte de la Belgique, la dette accumulée par neuf années de mobilisation et une révision constitutionnelle de 1840 qui rognait ses pouvoirs, il abdiqua le 7 octobre 1840, aussi pour pouvoir épouser une comtesse belge et catholique, Henriette d'Oultremont, union très mal acceptée par l'opinion.